{"id":5434,"date":"2026-03-29T17:34:45","date_gmt":"2026-03-29T15:34:45","guid":{"rendered":"https:\/\/conteurspro.fr\/site\/?p=5434"},"modified":"2026-03-29T17:34:46","modified_gmt":"2026-03-29T15:34:46","slug":"des-nouvelles-du-canada","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/conteurspro.fr\/site\/2026\/03\/29\/des-nouvelles-du-canada\/","title":{"rendered":"Des nouvelles du Canada"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Une p\u00e9riode charni\u00e8re&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand on m&rsquo;a demand\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire un article sur le conte au Canada, je me suis pos\u00e9e beaucoup de questions. J&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 accepter, car pour moi, le conte au Canada est aussi vari\u00e9 que le pays est grand. En quelle qualit\u00e9 pourrais-je me prononcer sur le milieu ou affirmer telle ou telle chose ? Pourtant, s&rsquo;il est difficile de r\u00e9sumer ce qui se passe dans chaque province ou territoire, certains points communs \u00e9mergent :<\/p>\n\n\n\n<p>Les conteurs et conteuses se questionnent de plus en plus sur la notion d&rsquo;appropriation culturelle en lien avec les contes autochtones (et la culture autochtone en g\u00e9n\u00e9ral) et sur la place des artistes autochtones, qui transmettent traditionnellement leurs histoires dans des contextes plut\u00f4t sociaux que sc\u00e9niques.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dualit\u00e9 de pratique (publique\/intime ou culturelle\/sociale) est aussi vraie pour tous les conteurs et conteuses, car le conte peut \u00eatre travaill\u00e9, mis en sc\u00e8ne et diffus\u00e9 sur sc\u00e8ne comme racont\u00e9 en toute simplicit\u00e9 dans un salon ou une cuisine, ou encore transmis aux jeunes dans les \u00e9coles et les biblioth\u00e8ques. Le type de conte d\u00e9termine-t-il le lieu culturel de sa diffusion ? Cette distinction dans la mani\u00e8re de faire est-elle simplement li\u00e9e au style de pratique de l&rsquo;artiste, ou est-elle influenc\u00e9e par le milieu lui-m\u00eame, anglophone ou francophone ? Deux mondes s\u00e9par\u00e9s par la langue, mais aussi par une vision et des influences culturelles distinctes (anglo-saxonnes\/fran\u00e7aises).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00f4t\u00e9 francophone, je dirais que les communaut\u00e9s hors Qu\u00e9bec se sentent souvent isol\u00e9es, ne serait-ce que g\u00e9ographiquement. Les artistes ressentent souvent le besoin d&rsquo;\u00e9tablir des liens avec leurs coll\u00e8gues pour partager leurs d\u00e9fis (et leurs r\u00e9solutions), r\u00e9seauter et entendre davantage de contes en fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation est quelque peu diff\u00e9rente au Qu\u00e9bec, puisque c&rsquo;est la seule province officiellement unilingue fran\u00e7aise du pays. Le milieu du conte y est aussi particuli\u00e8rement vivant, comme en t\u00e9moigne la pr\u00e9sence du conte dans plusieurs festivals aux quatre coins de la province. Je note toutefois qu&rsquo;il y a moins de soir\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res au fil de l&rsquo;ann\u00e9e, en bonne partie \u00e0 cause de l&rsquo;essoufflement des organisateurs et du manque de rel\u00e8ve (on touche ici \u00e0 la lourdeur des demandes de subvention et au manque global de budget pour la culture). Les cercles de conte semblent cependant b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un renouveau d&rsquo;engouement, et plusieurs ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9s dans la province.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, je ne peux laisser de c\u00f4t\u00e9 le contexte social et politique, ici comme au sud de la fronti\u00e8re, qui exacerbe les inqui\u00e9tudes, d&rsquo;autant que les coupures budg\u00e9taires en culture sont de plus en plus \u00e9lev\u00e9es. Comment r\u00e9sister et continuer \u00e0 propager la parole conteuse quand les \u00e9coles et les associations qui nous accueillent ont de moins en moins de budget, quand les festivals se font globalement plus rares, quand le public r\u00e9organise ses d\u00e9penses pour parer au plus press\u00e9 de la vie quotidienne (je pense ici \u00e0 l&rsquo;explosion des loyers, \u00e0 la hausse des co\u00fbts des aliments, \u00e0 l&rsquo;incertitude g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, etc.) ? La pand\u00e9mie a \u00e9galement beaucoup chang\u00e9 les habitudes du public, qui est devenu plus casanier et consommateur de contenu en ligne gratuit. Comment cultiver l&rsquo;imaginaire et la curiosit\u00e9 des gens en cette \u00e8re num\u00e9rique, o\u00f9 l&rsquo;attention est fragment\u00e9e par la sursollicitation et o\u00f9 tout s&rsquo;encha\u00eene \u00e0 une vitesse folle ?<\/p>\n\n\n\n<p>Si le conte a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;un \u00ab renouveau \u00bb \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, il est aujourd&rsquo;hui en transition. Car le conte, qu&rsquo;il soit traditionnel ou contemporain, s&rsquo;inscrit avant tout dans un contexte plus large : celui d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, d&rsquo;un pays et d&rsquo;un monde. Il en est le reflet, en quelque sorte. Les th\u00e9matiques abord\u00e9es dans le conte contemporain en sont un bon exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le conte n&rsquo;a pas travers\u00e9 le temps et les \u00e9poques sans raison. Il a bien des atouts. C&rsquo;est un art d&rsquo;\u00e9coute, sans \u00e9cran ni support. Un art de d\u00e9connexion num\u00e9rique, mais de connexion humaine et \u00e9motionnelle. C&rsquo;est bien l\u00e0 sa force, au-del\u00e0 de toute fronti\u00e8re ou pratique.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;aimerais donc finir ce texte en mentionnant l&rsquo;organisme national&nbsp;<em>Storytellers of Canada \u2013 Conteurs du Canada<\/em>, qui a pour but non seulement de promouvoir l&rsquo;art du conte, mais aussi de relier les artistes de la parole \u00e0 travers le pays, d&rsquo;un oc\u00e9an \u00e0 l&rsquo;autre. En toute transparence, j&rsquo;en suis la coordonnatrice des relations francophones, et c&rsquo;est \u00e0 ce titre que je me permets de parler ici de notre prochain congr\u00e8s annuel, \u00e9v\u00e9nement rassembleur qui se tiendra cette ann\u00e9e en juin en Colombie-Britannique : au programme, ateliers de perfectionnement professionnel, rencontres, excursions, spectacles, \u00e9changes, etc. C&rsquo;est une belle occasion de cr\u00e9er des liens&#8230; et pourquoi pas d&rsquo;entamer des collaborations interprovinciales ou bilingues ? Comme le dit ce proverbe africain : \u00ab Seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Article et photo de Julie Turconi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une p\u00e9riode charni\u00e8re&#8230; Quand on m&rsquo;a demand\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire un article sur le conte au Canada, je me suis pos\u00e9e beaucoup de questions. J&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 accepter, car pour moi, le conte au Canada est aussi vari\u00e9 que le pays est grand. En quelle qualit\u00e9 pourrais-je me prononcer sur le milieu ou affirmer telle ou telle chose ? Pourtant, s&rsquo;il est difficile de r\u00e9sumer ce qui se passe dans chaque province ou territoire, certains points communs \u00e9mergent : Les conteurs et conteuses se questionnent de plus en plus sur la notion d&rsquo;appropriation culturelle en lien avec les contes autochtones (et la culture autochtone en g\u00e9n\u00e9ral) et sur la place des artistes autochtones, qui transmettent traditionnellement leurs histoires dans des contextes plut\u00f4t sociaux que sc\u00e9niques. Cette dualit\u00e9 de pratique (publique\/intime ou culturelle\/sociale) est aussi vraie pour tous les conteurs et conteuses, car le conte peut \u00eatre travaill\u00e9, mis en sc\u00e8ne et diffus\u00e9 sur sc\u00e8ne comme racont\u00e9 en toute simplicit\u00e9 dans un salon ou une cuisine, ou encore transmis aux jeunes dans les \u00e9coles et les biblioth\u00e8ques. Le type de conte d\u00e9termine-t-il le lieu culturel de sa diffusion ? Cette distinction dans la mani\u00e8re de faire est-elle simplement li\u00e9e au style de pratique de l&rsquo;artiste, ou est-elle influenc\u00e9e par le milieu lui-m\u00eame, anglophone ou francophone ? Deux mondes s\u00e9par\u00e9s par la langue, mais aussi par une vision et des influences culturelles distinctes (anglo-saxonnes\/fran\u00e7aises). C\u00f4t\u00e9 francophone, je dirais que les communaut\u00e9s hors Qu\u00e9bec se sentent souvent isol\u00e9es, ne serait-ce que g\u00e9ographiquement. Les artistes ressentent souvent le besoin d&rsquo;\u00e9tablir des liens avec leurs coll\u00e8gues pour partager leurs d\u00e9fis (et leurs r\u00e9solutions), r\u00e9seauter et entendre davantage de contes en fran\u00e7ais. La situation est quelque peu diff\u00e9rente au Qu\u00e9bec, puisque c&rsquo;est la seule province officiellement unilingue fran\u00e7aise du pays. Le milieu du conte y est aussi particuli\u00e8rement vivant, comme en t\u00e9moigne la pr\u00e9sence du conte dans plusieurs festivals aux quatre coins de la province. Je note toutefois qu&rsquo;il y a moins de soir\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res au fil de l&rsquo;ann\u00e9e, en bonne partie \u00e0 cause de l&rsquo;essoufflement des organisateurs et du manque de rel\u00e8ve (on touche ici \u00e0 la lourdeur des demandes de subvention et au manque global de budget pour la culture). Les cercles de conte semblent cependant b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un renouveau d&rsquo;engouement, et plusieurs ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9s dans la province. Enfin, je ne peux laisser de c\u00f4t\u00e9 le contexte social et politique, ici comme au sud de la fronti\u00e8re, qui exacerbe les inqui\u00e9tudes, d&rsquo;autant que les coupures budg\u00e9taires en culture sont de plus en plus \u00e9lev\u00e9es. Comment r\u00e9sister et continuer \u00e0 propager la parole conteuse quand les \u00e9coles et les associations qui nous accueillent ont de moins en moins de budget, quand les festivals se font globalement plus rares, quand le public r\u00e9organise ses d\u00e9penses pour parer au plus press\u00e9 de la vie quotidienne (je pense ici \u00e0 l&rsquo;explosion des loyers, \u00e0 la hausse des co\u00fbts des aliments, \u00e0 l&rsquo;incertitude g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, etc.) ? La pand\u00e9mie a \u00e9galement beaucoup chang\u00e9 les habitudes du public, qui est devenu plus casanier et consommateur de contenu en ligne gratuit. Comment cultiver l&rsquo;imaginaire et la curiosit\u00e9 des gens en cette \u00e8re num\u00e9rique, o\u00f9 l&rsquo;attention est fragment\u00e9e par la sursollicitation et o\u00f9 tout s&rsquo;encha\u00eene \u00e0 une vitesse folle ? Si le conte a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;un \u00ab renouveau \u00bb \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, il est aujourd&rsquo;hui en transition. Car le conte, qu&rsquo;il soit traditionnel ou contemporain, s&rsquo;inscrit avant tout dans un contexte plus large : celui d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, d&rsquo;un pays et d&rsquo;un monde. Il en est le reflet, en quelque sorte. Les th\u00e9matiques abord\u00e9es dans le conte contemporain en sont un bon exemple. Mais le conte n&rsquo;a pas travers\u00e9 le temps et les \u00e9poques sans raison. Il a bien des atouts. C&rsquo;est un art d&rsquo;\u00e9coute, sans \u00e9cran ni support. Un art de d\u00e9connexion num\u00e9rique, mais de connexion humaine et \u00e9motionnelle. C&rsquo;est bien l\u00e0 sa force, au-del\u00e0 de toute fronti\u00e8re ou pratique. J&rsquo;aimerais donc finir ce texte en mentionnant l&rsquo;organisme national&nbsp;Storytellers of Canada \u2013 Conteurs du Canada, qui a pour but non seulement de promouvoir l&rsquo;art du conte, mais aussi de relier les artistes de la parole \u00e0 travers le pays, d&rsquo;un oc\u00e9an \u00e0 l&rsquo;autre. En toute transparence, j&rsquo;en suis la coordonnatrice des relations francophones, et c&rsquo;est \u00e0 ce titre que je me permets de parler ici de notre prochain congr\u00e8s annuel, \u00e9v\u00e9nement rassembleur qui se tiendra cette ann\u00e9e en juin en Colombie-Britannique : au programme, ateliers de perfectionnement professionnel, rencontres, excursions, spectacles, \u00e9changes, etc. C&rsquo;est une belle occasion de cr\u00e9er des liens&#8230; et pourquoi pas d&rsquo;entamer des collaborations interprovinciales ou bilingues ? 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